Sourdure

PAGANS
Cela fait plus de mille ans que, de génération en génération, la création occitane revêt de nouvelles formes. Sous les mains d’Ernest Bergez, alias Sourdure, elle est ici baignée de musique concrète et de résurgences hybrides, de synthèse modulaire et de pratiques transversales. A travers les câbles, les chansons se réécrivent au gré des interprétations. Ainsi se dévoile une musique éternelle, naissante mais volontairement séculaire, qui se joue des habitudes et des superflus. Disséquée, elle prend forme entre création et collectage. Ni l’un ni l’autre. Familière mais étrange. Volontairement ambiguë donc, elle dévoile ses ritournelles en trompe l’œil, pour mieux voyager sur un fil électrique.    Réinventer la tradition : en France, la tâche est grande. Redonner aux folklores, ces témoins du grand laboratoire des peuples, la place qui leur revient, Ernest Bergez s’y attelle depuis quelques années déjà, avec une belle sincérité, après avoir découvert le trésor qui gisait là, à ses pieds. Les mêmes pieds qui se mettront ensuite à battre la mesure pour appuyer, à travers chants, les étincelles du violon. On y écoute le souffle des capteurs et des bandes magnétiques, dans une fragilité érigée en savoir-faire. Comme pour mieux raconter les soubresauts de la mémoire, et dessiner de nouveaux imaginaires... L’histoire d’un apprentissage en somme, d’un saut dans le vide, d’une Espròva. Car depuis l’Auvergne, l’aventure Sourdure propose finalement de colmater la brèche toujours béante, ouverte à la faveur d’une hégémonie culturelle, entre les mondes savants et populaires. Sans se donner des airs de grands soirs, non, mais plutôt en révélant patiemment ce que l’expérience du quotidien offre de plus atemporel. Jordan Saïsset